Olivier Abaisenga, spécialiste au programme sur l'action climatique au bureau sous-régional du PNUD à Dakar

Réunis à Lomé, du 22 au 26 septembre 2026, des experts de sept pays du Sahel ont fait le point sur les données relatives aux catastrophes et leur utilisation dans les systèmes d’alerte précoce. Organisé dans le cadre du Projet de résilience au Sahel, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cet atelier régional vise à améliorer l’anticipation des catastrophes et à renforcer la résilience des populations. Olivier Abaisenga, spécialiste au programme sur l’action climatique, réduction des risques de catastrophes et la résilience Hub sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, PNUD, explique les enjeux de cette rencontre.

Ecovisionafrik: Quel est l’objectif de cet atelier régional organisé à Lomé et quelle est son importance pour les pays du Sahel ?

Olivier Abaisenga : Nous sommes réunis à Lomé dans le cadre du Projet de résilience au Sahel, lancé en 2019 et qui entre dans sa sixième année. Ce projet accompagne sept pays : le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Tchad.

Depuis le début, nous travaillons en étroite collaboration avec les gouvernements de ces pays, notamment les structures chargées de la réduction des risques de catastrophes. Au niveau régional, le Centre régional AGRHYMET du CILSS apporte également un important appui technique.

Le processus de collecte et d’analyse des données a véritablement démarré en 2022. Nous avons commencé par réaliser, avec les pays concernés, un état des lieux des données disponibles sur les catastrophes et des informations relatives aux risques.

A partir de ce diagnostic, nous avons élaboré des feuilles de route avec les gouvernements. Leur mise en œuvre a permis de renforcer progressivement les capacités nationales en matière de collecte, de gestion et d’analyse des données sur les catastrophes.

Il est important de souligner que les gouvernements nationaux ont assuré le leadership de ce processus. Depuis 2022, une soixantaine d’ateliers, de webinaires et de séances de travail en ligne ont été organisés aux niveaux national et local dans les différents pays. Des experts nationaux, accompagnés par des spécialistes mis à disposition par le PNUD, ont notamment travaillé à la constitution de bases de données.

Aujourd’hui, nous disposons de plus de 400 000 données collectées et rassemblées dans les sept pays. Elles couvrent plus de 25 types d’aléas et de catastrophes, sur une période de plus de 120 ans. C’est une avancée importante pour l’analyse des impacts des catastrophes dans ces pays et dans l’ensemble de la région.

L’atelier de Lomé constitue donc une étape importante. Il nous permet d’examiner les rapports techniques élaborés par les pays, de vérifier les données et leurs sources, ainsi que les méthodes utilisées. Nous devons également nous accorder sur les principaux enseignements et les recommandations à formuler.

Notre objectif est de passer de la simple collecte des données à leur utilisation concrète. Ces données doivent devenir des outils d’information, d’anticipation et d’aide à la décision.

Comment ces données peuvent-elles contribuer à une meilleure planification du développement dans les pays du Sahel ?

La disponibilité des données est une bonne chose, mais leur véritable valeur réside dans leur utilisation. Il est essentiel que les gouvernements les intègrent dans leurs politiques de développement, leurs investissements et leurs budgets.

Les ministères chargés des Finances et de la Planification économique doivent notamment pouvoir s’appuyer sur ces informations pour mieux préparer les projets et les programmes de développement.

J’invite également les instituts nationaux de statistique à s’intéresser à ces bases de données. Ils pourraient les exploiter pour améliorer les indicateurs utilisés dans les projections économiques et sociales.

Lorsqu’un pays définit ses ambitions de développement pour les dix, quinze ou vingt prochaines années, il doit aussi prendre en compte les risques de catastrophes. Les inondations, les sécheresses et les autres phénomènes extrêmes peuvent compromettre les efforts engagés.

Il ne faut pas oublier que les catastrophes peuvent anéantir en quelques heures des investissements qui ont nécessité plusieurs années de travail. Une route construite en dix ans, par exemple, peut être détruite en une heure par une inondation.

C’est pourquoi les données sur les catastrophes doivent occuper une place importante dans la planification du développement. Elles permettent aux gouvernements de mieux anticiper les risques, de protéger les investissements et de préserver les acquis du développement.

Le processus de renforcement des systèmes d’alerte précoce a nécessité plusieurs années de travail. Quelles sont les particularités du Sahel qui justifient une telle démarche ?

Dans le domaine de l’alerte précoce, plusieurs efforts ont été réalisés grâce à la collaboration entre le Programme des Nations unies pour le développement et le Centre régional AGRHYMET.

Ces efforts ont notamment porté sur le renforcement des outils de prévision, des plateformes et des systèmes d’alerte. La région dispose déjà de plateformes de prévision saisonnière. Cependant, le projet a permis d’apporter un appui supplémentaire pour améliorer la précision des prévisions.

Il ne suffit pas de prévoir un phénomène. Encore faut-il que les prévisions soient suffisamment fiables. Lorsqu’une alerte est lancée et que le phénomène annoncé ne se produit pas, la population risque de perdre confiance dans les systèmes d’alerte. C’est pourquoi l’amélioration de la précision des prévisions constitue une priorité.

Dans le cadre du projet, plusieurs modèles et plateformes ont ainsi été développés ou renforcés.

Nous avons également consolidé notre partenariat avec l’Institut suédois de météorologie et d’hydrologie, connu sous le sigle SMHI. Cette collaboration a notamment permis de transférer vers l’Afrique un modèle de prévision des inondations appelé FANFAR, initialement développé en Europe.

Ce modèle a ensuite été adapté aux réalités de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, en tenant compte des réseaux hydrologiques de la région. L’objectif est d’améliorer les prévisions des inondations, qui figurent parmi les catastrophes causant d’importants dégâts socioéconomiques dans nos pays.

Grâce à ces efforts, nous voulons permettre aux pays de mieux anticiper les inondations et de prendre des mesures avant qu’elles ne provoquent des pertes humaines et des dégâts matériels.

Propos recueillis et transcrits par Anderson AKUE

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