L’accès à l’eau, les droits d’usage et la prévention des conflits liés à la ressource sont au cœur du Dialogue régional sur la tenure de l’eau en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Lancé lors d’un atelier virtuel ce mardi 15 septembre 2026 par le CILSS en collaboration avec la FAO, ce processus réunit les représentants de dix pays, des experts, des organisations professionnelles et des partenaires autour d’un même objectif : mieux organiser l’accès à une ressource essentielle à la vie et aux activités économiques. En Afrique de l’Ouest et au Sahel, l’eau est bien plus qu’une ressource naturelle. Elle est au cœur de la vie des populations, de l’agriculture, de l’élevage, de la mobilité des pasteurs, de la sécurité alimentaire et de la cohésion sociale. C’est dans ce contexte que le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), en partenariat avec la FAO, a lancé le Dialogue régional sur la tenure de l’eau. Cette initiative s’inscrit dans un dialogue mondial conduit par la FAO sur la gouvernance responsable de la tenure de l’eau. A l’échelle mondiale, la situation reste préoccupante. Selon les données rappelées lors de l’ouverture du dialogue, près de 4,4 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité, tandis que plus de 2 milliards de personnes vivent dans des zones confrontées à un stress hydrique élevé. Qui a accès à l’eau et selon quelles règles ? La notion de « tenure de l’eau » cherche à répondre à plusieurs questions essentielles : qui peut accéder à l’eau ? Pour quels usages ? Dans quelles conditions ? Quels sont les droits et les responsabilités de chacun ? Cette approche ne concerne pas uniquement les droits reconnus par les lois. Elle prend également en compte les règles coutumières, les pratiques locales et les arrangements qui organisent, au quotidien, l’accès à la ressource. Dans les zones pastorales, ces questions sont particulièrement importantes. La disponibilité de l’eau influence directement les déplacements des troupeaux et l’accès aux pâturages. Mais la pression croissante sur la ressource, la concurrence entre les différents usages, les difficultés liées à la mobilité pastorale et les tensions autour des points d’eau peuvent provoquer des conflits entre communautés. « Le dialogue régional doit donc permettre de mieux comprendre ces réalités et de rechercher des solutions adaptées aux contextes locaux », a indiqué Dr Edwige Yaro Botoni, coordonnatrice du PRAPS 2 au nom du Secrétaire exécutif du CILSS. Pour une gestion inclusive et durable La FAO défend plusieurs principes pour une gouvernance responsable de la tenure de l’eau. Il s’agit notamment de reconnaître les droits légitimes de tenure, de sécuriser les droits d’usage, d’assurer la cohérence des lois et politiques publiques, mais aussi de garantir une répartition équitable et inclusive de la ressource. La transparence, la responsabilité, l’égalité entre les femmes et les hommes, la durabilité, la résilience et l’accès à la justice figurent également parmi ces principes. Pour le CILSS, l’enjeu est désormais de confronter ces principes aux réalités vécues par les populations de la région. Le processus permettra notamment d’analyser les cadres juridiques, politiques et institutionnels existants dans les pays concernés. Il devra aussi documenter les difficultés rencontrées par les populations dans l’accès à l’eau, en particulier pour les activités pastorales. Les participants sont également appelés à identifier les mécanismes locaux de gouvernance de l’eau, les dispositifs de prévention et de règlement des conflits ainsi que les expériences pouvant contribuer à l’évaluation régionale. Donner la parole aux communautés Le CILSS insiste sur la nécessité d’associer les populations directement concernées aux discussions. Une attention particulière devra être accordée aux communautés pastorales, aux petits producteurs, aux femmes et aux jeunes. Pour ces catégories, l’accès sécurisé à l’eau est souvent directement lié aux moyens de subsistance et à la capacité de faire face aux changements climatiques et aux autres pressions sur les ressources naturelles. Le Dialogue régional sur la tenure de l’eau apparaît ainsi comme une occasion de rapprocher les politiques publiques des réalités du terrain. Il s’agit de construire une gouvernance de l’eau plus juste, plus transparente et mieux adaptée aux besoins des communautés. A travers cette initiative, le CILSS réaffirme sa volonté de poursuivre, avec la FAO et les autres partenaires, un processus de concertation qui devra déboucher sur des orientations concrètes au bénéfice des populations rurales de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel. Anderson AKUE Navigation de l’article Le CILSS lance un programme de 60 millions d’euros pour le pastoralisme