Une décision attendue, mais décevante En janvier 2025, la Cour de justice de la CEDEAO s’est prononcée sur la réforme constitutionnelle opérée par les autorités togolaises sans consultation populaire. Saisie par des acteurs de la société civile, la Cour a rendu un verdict qui, bien que reconnaissant certaines irrégularités, s’est limité à deux décisions jugées insuffisantes par les requérants. Ces mesures n’ont pas répondu aux attentes de ceux qui espéraient une remise en cause claire et ferme du processus constitutionnel. Les discussions vont bon train dans le pays tandis que les regards restent tournés vers les autorités qui pour le moment restent indifférents aux préoccupations des différents acteurs qui demandent un retour à l’ordre constitutionnel ancien. Les Togolais de la diaspora face à un retour impossible Pour les citoyens togolais vivant hors du pays, ce verdict a des conséquences lourdes. Beaucoup avaient espéré que la CEDEAO ouvrirait la voie à un apaisement politique et à des garanties de sécurité. Or, l’absence de mesures contraignantes rend le retour des personnes déplacées et des exilés extrêmement difficiles. Leur retour au bercail les fera confronter au manque de protection juridique, puisque la décision ne prévoit pas de mécanismes clairs pour protéger ceux qui ont fui les persécutions. Notons aussi le climat politique inchangé. Les mêmes conditions qui ont poussé des milliers de Togolais à l’exil persistent, sans garanties de non-représailles. Les exilés politiques toujours menacés Parmi les Togolais contraints de quitter le pays, nombreux sont ceux qui ont été directement inquiétés par les autorités pour leurs opinions ou leurs activités militantes sur le terrain et les réseaux sociaux. Les cas des bloggeurs et activistes comme Grâce Bikoni Koumayi Sage-femme, Amavi Katanga et Honoré Sitsopé Sokpor, dit « Affectio », arrêté initialement en janvier 2025 pour un poème, puis brièvement libéré sous contrôle judiciaire et replacé en détention en mai 2026 après avoir filmé un chantier public. Des cas qui viennent corser la vague d’arrestation suite aux événements de 2017 où de nombreux militants du Parti National Panafricain (PNP) restent encore en détention alors que d’autre à l’instar de Karrou Wawim, Soulemane Djalilou Grand, Issaka Alassani, décédés lors de leur détention à la gendarmerie nationale et à la prison civile de Lomé. D’autres comme Kpodar Anani Florentin, chargé du partage des informations et vidéos dans les différents groupes whatsapp du parti sur les réseaux sociaux et encadreur des jeunes militants à Adamavo, un quartier de Lomé a été la cible de graves menaces et violences l’obligeant à fuir pour sauver sa vie. Des organisations de défense des droits humains comme l’Association des Victimes de la Torture au Togo (ASVITTO), la Coalition Togolaise des Défenseurs des Droits Humains (CTDDH) et la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) se sont insurgées contre ces pratiques et ont appelé l’Etat à prendre ses responsabilités pour le respect des droits humains conformément à la Constitution et aux différents instruments dont le Togo est parti. La décision de la CEDEAO, en ne remettant pas en cause la légitimité du processus constitutionnel, laisse ces personnes exposées risque de poursuites lors de leur retour au pays et l’aabsence de garanties pour leur sécurité. Une justice régionale en demi-teinte Ce verdict illustre les limites de la justice communautaire en Afrique de l’Ouest. Si la Cour de la CEDEAO reste un recours important, son incapacité à imposer des mesures fortes dans ce dossier renforce le sentiment d’abandon chez les exilés. Pour beaucoup, cette décision confirme que la lutte pour la démocratie et la protection des droits humains au Togo devra se poursuivre sur d’autres fronts, en mobilisant la société civile, les partenaires internationaux et les mécanismes de plaidoyer. Navigation de l’article Abidjan : vers une harmonisation des mécanismes de protection des Femmes Défenseures des Droits Humains en Afrique de l’Ouest Didier Atoukouvi prend les rênes de la CTDDH